Qu’est-ce qui s’est passé au Québec?
À l’échelle du Québec, la nouvelle vague de 2021* s’est globalement consolidée. Plusieurs élu·es progressistes ont été réélu·es, et dans certains cas avec un mandat renforcé. Il y a eu des pertes, notamment à Sherbrooke, mais aussi des gains, comme à Trois-Rivières. Il n’y a toutefois pas eu une “seconde vague” à proprement parler.
Dans plusieurs régions où Multitudes a été actif en 2025, on a vu émerger des candidatures progressistes. Dans certains cas, elles se sont traduites par des victoires, même si certains postes font moins la manchette, comme ceux de conseiller·ère·s et de maire·sse·s de petites municipalités. Dans d’autres cas, elles se sont certes soldées par des défaites, mais celles-ci peuvent paver la voie à de futures victoires : augmentation nette du soutien populaire, structuration de l’action progressiste en parti, mobilisation citoyenne renforcée, etc.
Rien n’est acquis, mais on peut espérer que 2025 préparera le terrain à une “seconde vague” progressiste en 2029. Il faudra conserver les bastions de 2021 qui risquent d’être fragilisés par l’usure du pouvoir. Soulignons aussi que notre tour des régions en 2025 – Ripon, Rouyn-Noranda, Baie-Comeau, Saguenay-Lac-St-Jean – a révélé un bouillonnement qui va bien au-delà des stratégies électorales. Bien sûr, ces régions sont différentes les unes des autres, mais elles se rejoignent sur l’essentiel : un projet politique ancré dans la démocratie, l’autonomie, le pouvoir collectif.
Élu·es progressistes qui se sont présenté·es et ont gagné des sièges partout au Québec.*
Qu’est-ce qu’on a fait?
Dès le printemps 2025, Multitudes a multiplié les activités pour soutenir ce bouillonnement autour de la démocratie locale, maintenant un équilibre entre l’arrivée des élections et le besoin de se donner une perspective participative plus large:
- Co-organisation d’une dizaine d’événements (de type 5 à 7 politique) à Mont-St-Hilaire, Baie-Comeau, St-Eustache, Sherbrooke, Ste-Anne-des-Monts, Ripon, notamment, avec des partenaires locaux et de la Nouvelle vague municipale**.
- Production et diffusion d’un cahier de propositions en vue du renforcement du leadership territorial partagé au Québec, en collaboration avec des expert·es.
- Soutien actif à la structuration de la Nouvelle vague municipale comme mouvement politique municipal à l’échelle du Québec.
- Communications diverses auprès de différents publics, incluant une lettre ouverte dans le Devoir qui traduisait nos propositions politiques. Signée par plusieurs centaines de personnes, elle a été largement diffusée en début de campagne.
- Tests pour une saison de mobilisation à l’automne. Une première version centrée sur de nouvelles assemblées de cuisine n’a pas donné le résultat escompté, alors la deuxième saison a été réorientée pour proposer aux participant·es des actions précises.
Qu’est-ce qu’on a appris?
L’automne nous a permis de tester la formule «saison de mobilisation», c’est-à-dire d’inviter le mouvement au passage à l’action, de manière concertée, autour d’un moment et d’un angle d’attaque spécifique (cette fois-ci, la démocratie locale).
Voici les différentes conclusions que nous avons tirées des derniers mois.
- Se donner le temps : Le calendrier de la campagne d’action était trop serré. Notre enthousiasme pour une mobilisation dans le cadre des municipales nous a poussé à nous lancer dans une campagne ambitieuse, malgré de courts délais, ce qui a nuit à la participation. Pour la suite, nous trouverons un rythme qui permette de préparer nos campagnes à l’avance et de se concentrer sur un nombre limité de cibles, même si cela implique de laisser passer certaines opportunités.
- Construire avec le terrain : Au cœur de Multitudes se trouve le rêve d’un réseau ancré partout sur le territoire. Nous avons commencé à construire les bases de ce réseau grâce à des événements dans plusieurs régions, organisés en collaboration avec la Nouvelle vague municipale. Cette formule a permis de créer des liens avec des gens et des groupes engagés. Ce réseau sera appelé à jouer un rôle central dans le mouvement, en élaborant avec Multitudes les actions de mobilisation. Ce travail commun permettra de mener des campagnes qui résonnent partout sur le territoire.
- Construire avec les acteurs du milieu : Construire des campagnes ancrées dans le terrain implique de travailler en amont avec des partenaires experts des enjeux au cœur de nos mobilisations. Ce travail a malheureusement été insuffisant dans la dernière saison, principalement en raison des échéanciers serrés. Nous voulons travailler pour que nos idées fassent écho à ce qui est déjà défendu sur le terrain par les acteurs qui y œuvrent tous les jours.
- Explorer l’action en dehors des cycles politiques : Cette première saison fut organisée autour des élections municipales. Ces moments politiques plus typiques intéressent souvent des personnes et des groupes déjà mobilisés et à l’affût des enjeux. Mais la politique au sens classique ne rejoint pas tout le monde. Nous explorerons donc des moments de mobilisation suivant un rythme autre que celui du calendrier politique institutionnel, pour plutôt expérimenter d’autres moments de la vie collective (fêtes, vacances, rentrée, etc.). Ces actions viseraient à entretenir l’élan du mouvement entre les grandes campagnes.
- Soutenir l’intégration et l’accompagnement de nos membres : Toute l’énergie mise sur le déploiement de notre campagne de mobilisation nous a mené à négliger l’intégration des personnes voulant s’impliquer davantage dans Multitudes. Ce volet sera donc priorisé - on ne peut se passer de l’énergie et du savoir-faire des membres.
- Multitudes comme force d’influence culturelle : Les campagnes ont permis de faire circuler des récits et de favoriser la connexion communautaire, ingrédient indispensable pour des mobilisations politiques réussies.
- Multitudes, plus qu’un véhicule de mobilisation : Après avoir insisté, lors de la saison, sur les actions de mobilisation, nous voulons maintenant trouver un meilleur équilibre entre des actions grand public rassembleuse et la valorisation d’un travail plus discret mais tout aussi essentiel qui se déploie au sein de Multitudes. Ces deux aspects sont nécessaires pour construire un mouvement durable, pour influencer les institutions et pour créer les conditions d’un changement réel.
Que fait-on à partir de maintenant?
L’autonomie territoriale (leadership territorial partagé, démocratie locale) doit continuer à être une colonne vertébrale de Multitudes.
Maintenant que les élections ont eu lieu, nous devons multiplier nos efforts. Les apprentissages de cette année et les bases que nous nous sommes données permettront d’élaborer donner une stratégie et des objectifs précis sur un horizon de 3 à 5 ans.
- D’une part, on va continuer à aider la Nouvelle vague municipale à se renforcer en tant qu’organisation et mouvement politique. Le prochain rendez-vous de la NVM est prévu les 18-19-20 mars 2026 à Nicolet. En plus de cultiver un sentiment d’appartenance entre élu·es progressistes, l’objectif est de les soutenir dans leurs rôles (y compris dans l’opposition) afin de pousser des messages politiques communs.
- D’autre part, Multitudes doit déployer son rôle de mobilisation des citoyen·nes et de la société civile sur l’autonomie territoriale, ainsi que celui de changement du discours public. Il faut s’y mettre dès maintenant, non seulement pour être prêt dans 4 ans, mais aussi et surtout pour s’assurer que cette portion électorale s’inscrive dans un projet plus large. Avec nos partenaires et membres partout sur le territoire, nous avons fait de nombreux apprentissages dans la dernière année (sur le message, les liens stratégiques, l’émergence de candidatures, la sortie de vote, etc.); mettons-les à profit.
- Développons nos idées politiques sur base du premier cahier de propositions. Poursuivons notre implication dans l’Alliance démocratie locale, dont Multitudes a été l’instigateur et qui rejoint d’autres organisations (communautaire, économie sociale, transition socio-écologique, etc.), pour pousser un agenda commun.
- Réfléchissons aux meilleures structures à mettre en place à l’échelle locale (partis politiques, observatoires de la démocratie locale, groupes d’action, etc.) et soutenons leur mise en action et leur succès.
- Profitons des opportunités, qui se présentent déjà à court-terme, de maillage avec des réseaux proches (ex.: les systèmes alimentaires territoriaux).
- Et surtout, établissons une stratégie de mobilisation sur la durée, ancrée dans l’éducation populaire, qui nous permettra de faire émerger un nouveau leadership et d’avoir des gens partout au Québec prêts à prendre la place en 2029, dans une optique de mouvement commun.